Colloque international Épigraphie et latinité
18-23 mai 2026
Centre d'études supérieures de Civilisation médiévale, 24 rue de la Chaîne, 86000 Poitiers. - Poitiers (France)
Clôturant les projets de recherche ERC GRAPH-EAST et IUF CARMECA, le colloque Épigraphie et latinité au Moyen Âge, organisé par le CESCM avec l'appui de l'Equipex+ Biblissima+, va bien au-delà d'un nécessaire bilan historiographique autour de l'épigraphie médiévale (réflexions théoriques, fondements et développements de la discipline, champs d'application récents...). Adoptant une perspective de décloisonnement disciplinaire, il vise en effet à explorer, dans une alternance de synthèses thématiques et d'études de cas, les inscriptions médiévales dans le contexte de la latinité et à ses marges (géographiques ou culturelles), pour mesurer l'enjeu d'une écriture exposée dans la construction des identités. À la fois concept historique et notion historiographique, la latinitas semble se prêter particulièrement bien à cette exploration. Au-delà de son usage rhétorique d'origine, le concept de latinitas pris au sens large permet en effet d'aborder des champs très divers dans le cadre de l'épigraphie. Avec l'alphabet latin, on touche la question de l'écriture. La langue latine, quant à elle, concerne à la fois les questions purement linguistiques, mais également littéraires et stylistique. Si l'on se place d'un point de vue culturel, social et/ou géographique, la latinitas peut désigner, à travers une chrétienté multilingue, celle qui – en Occident ou en Orient – a pour langue liturgique le latin et se range sous la primauté de l'Église romaine. En Orient, la latinitas définit aussi une « identité » collective, celle des « Latins », qui peut aller jusqu'à comprendre un habitus particulier (mœurs, coutumes, vêtements...). Parler de latinité médiévale oblige enfin à se situer dans le temps, entre la romanitas de l'Antiquité classique ou tardive et la « néo-latinité » de la Renaissance et des humanistes. Le colloque de Poitiers vise donc à s'interroger sur le rôle des inscriptions dans la construction et le développement, la prise de conscience ou la mise en scène de cette notion de latinitas dans les contextes les plus variés. Il permettra d'analyser la pluralité de cette latinité médiévale à travers les media épigraphiques et leurs acteurs, en favorisant une histoire « connectée », de penser en termes dynamiques les relations avec les autres cultures épigraphiques, que ce soit dans le domaine méditerranéen ou plus septentrional. Ainsi, la notion de « latinité » pourra être mise en regard d'autres identités de groupes, dont les néologismes de « francité », « grécité » ou « arabité » ne rendent qu'imparfaitement les contours. La documentation épigraphique fournit ainsi un angle d'attaque original et de premier plan pour repenser la latinitas médiévale. En effet, dans la lignée des études lancées dans les années 1990 autour des pratiques sociales de l'écrit et, plus généralement, de la scripturalité (literacy), les recherches actuelles en épigraphie médiévale appréhendent désormais l'objet inscrit à la fois comme un véritable « texte en contexte » dont la dimension spatiale, visuelle et plastique, voire iconique et symbolique, peut être particulièrement élaborée. Cette perspective globale, qu'on peut qualifier d'« holistique » ou d'« écologique », permet d'appréhender les inscriptions en s'intéressant à la fois à leur texte, à leurs formes graphiques ou matérielles, aux conditions de leur réalisation, à leur réception dans un contexte donné. Elle donne aussi l'occasion de franchir les limites disciplinaires traditionnelles, qui permet, par une conception large de l'épigraphie, d'inclure également les légendes sur les sceaux et les monnaies, ou les graffitis, souvent proches de l'écriture cursive, manuscrite.
Discipline scientifique :
Lieu de la conférence