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L'expression des émotions : regards croisés en linguistique et didactique des langues

6-7 avr. 2026
Institut des langues, Université de Gabès, Tunisie - Gabès (Tunisie)

https://lesemotions.sciencesconf.org

Comment exprime-t-on des émotions ? Quels moyens verbaux, non verbaux et paraverbaux mobilise-t-on ? Quelles variations observe-t-on selon les langues et les contextes ? Comment accompagner l'expression des émotions dans une langue en cours d'apprentissage, et quelles étapes d'acquisition peut-on identifier ? Peut-on repérer automatiquement des émotions, et que se passe-t-il lorsque celles-ci sont tues, masquées ou difficiles à verbaliser ? L'enseignement-apprentissage des langues constitue un terrain particulièrement riche en émotions, qu'elles soient agréables, désagréables ou ambivalentes. Comment accéder aux émotions des enseignants et des apprenants lorsqu'elles ne sont pas formulées explicitement mais occupent pourtant une place fondamentale dans les interactions et dans les parcours d'apprentissage ? En quoi les activités artistiques et créatives favorisent-elles l'émergence d'émotions propices à l'apprentissage ? Ce colloque ne privilégiera pas une approche neurologique des émotions, mais proposera une analyse de leur expression en croisant les regards entre linguistique et didactique des langues. L'étude linguistique des sentiments et des émotions connaît, depuis plusieurs décennies, un développement continu, nourri par des travaux majeurs en sémantique, en syntaxe, en pragmatique, en analyse du discours, en lexicographie, en linguistique contrastive et en linguistique computationnelle. Pourtant, malgré cette richesse, la catégorie de sentiment demeure conceptuellement instable et difficile à circonscrire (Ruwet, 1994, 1995 ; Leeman, 1995 ; Anscombre, 1995, 2005 ; Mathieu, 1994, 1995, 1996-1997, 2000 ; Flaux & Van de Velde, 2000 ; Goossens, 2005, 2009 ; Plantin, 2011, 2019). Les frontières entre sentiment, émotion, affect, attitude ou état psychologique restent floues, souvent héritées de cadres psychologiques ou anthropologiques (Harkins & Wierzbicka, 2001 ; Wilson, 2012), et leur statut linguistique exact demeure un enjeu théorique majeur. Les recherches fondées sur corpus, en particulier celles menées ces vingt dernières années (Balibar-Mrabti, 1995 ; Grossmann & Tutin, 2005 ; Novakova & Tutin, 2009 ; Chuquet, Nita & Valetopoulos, 2013 ; Baider & Cislaru, 2013), ont montré que les émotions constituent un espace privilégié pour observer les relations entre structure linguistique, discours, variation culturelle et subjectivité. L'étude des préférences combinatoires des lexies d'émotion, des schémas actanciels récurrents, des collocations prototypiques et des effets discursifs associés aux marqueurs affectifs invite à repenser les articulations entre lexique, syntaxe, sémantique et discours (Mathieu, 1993-2000 ; Rastier, 1995 ; Anscombre, 2009). Les travaux en linguistique comparée et en lexiculture ont également mis en évidence la forte non-isomorphie des catégories émotionnelles entre langues (Wierzbicka, 1999 ; Kahloul, 2013 ; Chatar-Moumni, 2013), révélant que les émotions ne se réduisent pas à des concepts cognitifs, mais constituent des organisations culturelles inscrites dans des systèmes linguistiques historiquement situés. L'essor des humanités numériques et de la linguistique computationnelle, extraction de colligations, annotation multi-niveaux, constitution de bases lexicographiques et lexicologiques mono- ou multilingues (Dubois & Dubois-Charlier, 1997 ; EMOLEX (ANR/DFG), Diwersy & al., 2014 ; Grossmann & Tutin, 2005), ouvre de nouvelles perspectives pour l'analyse fine des expressions émotionnelles (Salinas, 2009, 2016, 2019, 2025 ; Zouaidi, 2016, 2022, 2025). Dans ce contexte, l'intégration d'une dimension interculturelle apparaît essentielle, les émotions étant indissociables des pratiques discursives, interactionnelles et culturelles qui les façonnent. Les travaux en sociodidactique et en pluralité linguistique (Blanchet, Clerc & Rispail, 2014) ont montré combien les représentations culturelles influencent l'expression, l'interprétation et l'enseignement des émotions. À cet égard, le projet culturel FACE-À-FACE (IFT/FEF) constitue un cadre privilégié pour saisir la manière dont les émotions se négocient, se manifestent et se reconfigurent dans des situations d'interaction interculturelle. Bien que les émotions, sentiments et affects constituent désormais un champ de recherche solidement établi, ce domaine reste marqué par une forte hétérogénéité conceptuelle et méthodologique. Les travaux existants mettent en évidence la difficulté à stabiliser les catégories opératoires, à définir les frontières entre émotion, sentiment, attitude ou affect, et à décrire les articulations entre les dimensions lexicales, discursives, culturelles et interactionnelles. En didactique des langues, les émotions peuvent être envisagées en tant que lexiques et phraséologies à enseigner et acquérir (Cavalla & Crozier, 2005). Dans une perspective centrée sur l'expérience vécue, l'attention se porte sur les émotions éprouvées par les enseignants et les apprenants de langues, dans le cadre des cours, en amont ou en aval. L'importance des émotions, qu'elles soient agréables ou désagréables, a été largement soulignée dans les contextes d'enseignement en général (Espinosa, 2025), ce qui pose la question de l'intégration des émotions des apprenants, dans la formation des enseignants (Audrin, dir., 2020).) L'activité enseignante peut ainsi être considérée comme « un travail émotionnel, "consommant" une bonne dose d'énergie affective, et découlant de la nature interpersonnelle des rapports enseignant/élèves » (Tardif & Lessard, 1999 : 313). Dans le domaine de l'enseignement/apprentissage des langues, plusieurs numéros thématiques ont été consacrés à cette question (Puozzo Capron & Piccardo, dir., 2013. Chaplier & Lumière, dir., 2020). L'importance des émotions, tant du point de vue des apprenants que des enseignants de langue, est aujourd'hui bien reconnue et établie (Berdal-Masuy, dir., 2018 ; Guédat-Bittighoffer, 2024). Ce sont en particulier les émotions qui incitent les enseignants à faire évoluer leurs pratiques lors des premières années d'activité (Muller, 2024). Les émotions suscitées par les approches créatives ont fait l'objet d'études plus spécifiques (Cavalla, Berdal-Masuy, Baider, Coffey & Pairon, dir., 2023). Dans ce paysage déjà riche, la particularité de notre colloque réside dans le croisement entre les approches linguistiques et didactiques.
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