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Journées d’étude « Préfabrication et oral représenté »

11-12 juin 2026
ENS de Lyon, site Descartes - Lyon (France)

https://jeoralprefab.sciencesconf.org

Le lien entre préfabrication et oral représenté demeure peu exploré. Si la relation entre la phraséologie et la fiction romanesque a été récemment étudiée, en particulier dans le cadre du projet PhraseoRom (Novakova & Siepmann, 2020), les observations linguistiques sur l’oral représenté concernent généralement assez peu les questions relevant de la phraséologie et de la préfabrication (Durrer, 1994). De même, les décalages entre langue parlée et langue écrite ont souvent été notés, mais ces remarques ont été plus rarement étendues aux effets propres à la représentation de l’oral à l’écrit : dialogues romanesques, théâtre, bande dessinée, script des dialogues dans les fictions audiovisuelles, etc. Ayant trait au volet lexical, au volet syntaxique et, de manière générale, à la phraséologie, la préfabrication renvoie à différents types de phénomènes. On peut ainsi penser aux expressions figées peu compositionnelles, comme les locutions, en particulier les expressions métaphoriques telles que briser la glace ou fermer la porte. Mentionnons aussi les collocations, ces expressions moins figées constituées de deux éléments (par exemple, remercier infiniment, prendre peur, ignorance crasse), parfois dénoncées par les stylisticiens comme étant des clichés littéraires. La phraséologie recouvre également des objets moins traditionnels (Legallois & Tutin, 2013), telles les phrases préfabriquées, qu’il s’agisse de parémies (tel père, tel fils ; en avril, ne te découvre pas d’un fil) ou de phrases des interactions (non mais tu rêves ! ; avec plaisir) (Tutin, 2019). Peuvent aussi être intégrés dans la préfabrication lexicale les marqueurs de discours (du coup, en fait) ou les motifs, définis comme des associations lexico-syntaxiques récurrentes dotées d’une fonction discursive (Novakova & Siepmann, 2020). Sur le plan syntaxique, signalons des constructions spécifiques, par exemple X de chez X (bête de chez bête), Adj comme X (blanc comme neige), il y a X et X (il y a phraséologie et phraséologie), ou certains types de structures, par exemple interrogatives dites à inversion complexe (comment cela se fait-il ? ; comment cela va-t-il ?) ou pseudo-clivées (ce que je pense, c’est que...). Enfin, au-delà de la phrase, la préfabrication peut aussi concerner la structure du discours et du dialogue, certaines interactions répondant à des schémas préétablis, « préformés » selon Gülich (2008). On note ainsi, par exemple, des enchaînements de tours de parole propres à certains types de situations bien identifiés (salutations, remerciements, négociations...). À l’oral réel ou spontané, issu d’observations écologiques, par exemple dans des corpus comme CLAPI (Baldauf-Quilliatre et al., 2016), peut être opposé un oral dans l’écrit renvoyant à des dialogues présents par exemple dans les romans, les pièces de théâtre, les bandes dessinées ou encore les productions audiovisuelles comme les films ou les séries télévisées. Cet oral dans l’écrit a reçu diverses appellations : « oral représenté » (Marchello-Nizia, 2012), « oral mimétique » (Koch & Oesterreicher, 2001), « oral fictif » (Durrer, 1990), « artefact [littéraire de l’oral] » (Durrer, 1994 et 1999), « style oralisé » (Luzzati & Luzzati, 1987), « oralité mise en scène » (Pustka et al., 2021, faisant référence à Goffman, 1959). Les auteurs s’accordent à souligner que l’oral représenté est un oral construit, stylisé, qui, tout en exploitant des ressources de l’oral spontané, ne cherche pas nécessairement à reproduire la réalité. Durrer (1999 : 122) remarque ainsi que « le dialogue de roman ne peut pas être considéré comme une simple tentative d’imiter la conversation quotidienne ». On peut en outre noter la multiplicité des réalisations de cet oral représenté : comme le signalent, parmi d’autres auteurs, Pustka et al. (2021 : 129), « il n’existe [...] pas un seul oral dans l’écrit, stable et homogène, mais on observe de la variation en fonction de l’auteur, du genre, de l’œuvre, des personnages, des situations, des émotions et de nombreux autres facteurs qui restent à explorer ». Les journées d’étude « Préfabrication et oral représenté » se proposent de contribuer à une réflexion sur les fonctions du fait phraséologique dans l’oral représenté, et sur ses variations. À titre indicatif (et de façon non exhaustive), certaines des questions suivantes pourront être abordées : - Dans quelle mesure les phraséologismes dans l’oral représenté sont-ils fidèles à la langue orale ? Sont-ils, dans la langue orale, attestés et quantitativement significatifs sur les plans syntaxique et lexical, participant alors, dans l’oral représenté, d’un accroissement du réalisme ? Ou s’agit-il parfois d’hyperréalisme portant atteinte à l’effet de réel ? Relèvent-ils d’une « oralité normée », d’une « oralité courante » ou d’une « oralité marquée » (Rouayrenc, 2010 : 249-250) ? - Ces phraséologismes de l’oral représenté sont-ils plus volontiers associés à d’autres phénomènes (par exemple syntaxiques, tels que les dislocations, les structures présentatives, les structures interrogatives, etc.) ? Peut-on identifier des rôles pour la ponctuation (entre surmarquage et absence) ou même, dans la fiction audiovisuelle, pour la prosodie ? - Pour ce qui est des genres littéraires, Lefeuvre & Parussa (2020) insistent sur l’importance du genre textuel dans lequel s’inscrivent les énoncés d’oral représenté, et sur l’intérêt de pouvoir comparer des corpus dialogaux divers (théâtre, dialogues de romans, témoignages judiciaires, monologues ou dialogues insérés dans des sermons, etc.). On peut ainsi être amené à se demander quelle influence exerce le genre textuel sur les phraséologismes de l’oral représenté. Outre les dialogues romanesques (Wang & Tutin, 2025) ou encore théâtraux (Kerbrat-Orecchioni, 1996), il sera particulièrement intéressant de se pencher sur les dialogues dans des genres plus rarement abordés, tels les dialogues de films (Guillot, 2007 ; Dekhissi, 2013 ; Farmer, 2015 ; Jansen et al., 2020) ou de bandes dessinées (Pustka, éd., 2022). À un niveau plus local, peuvent aussi être interrogées les variations selon l’auteur ou selon l’œuvre (Henrot Sostero, 2021). - Sur un plan interactionnel, Kerbrat-Orecchioni & Traverso (2004 : 43-44) différencient, pour l’oral « réel », « types d’interactions » et types d’« activités discursives ». Les premiers, définis sur la base de critères « externes », situationnels, permettent de distinguer, par exemple, entre « entretiens », « réunions », « interactions de service » et « interactions de travail ». Les seconds, définis par des critères « internes », renvoient par exemple à une argumentation, un récit ou des salutations. Pour l’oral représenté, peut-on noter des spécificités des phraséologismes selon les caractéristiques des dialogues, par exemple le nombre de participants (dilogue, trilogue, polylogue), leurs fonctions (exposition, caractérisation, action, transition, cf. Durrer (1999 : 116-121) ou encore Denoyelle (2018)), les types d’épisodes (phatiques vs transactionnels, ces derniers étant encore divisés en sous-types (dialectiques vs didactiques vs polémiques), cf. Durrer (1999 : 79-97)), les types d’interventions (initiatives vs réactives), etc. ? Enfin, observe-t-on des variations selon les caractéristiques du locuteur-personnage (par exemple, son sexe, son âge, son appartenance sociale, son niveau d’éducation et/ou sa profession, son origine géographique, etc. (Favart, 2010)) ? - Rouayrenc (2010 : 251-252) signale diverses étapes d’intégration de l’« oral dans l’écrit » en littérature, tels le « début du XXe siècle » où « l’on peut trouver une distinction très marquée entre langage de la narration et langage des dialogues », les « années trente » où « l’on peut trouver […] un langage qui, plutôt qu’à reproduire l’oral, cherche à le transposer » et une « époque [plus] récente » (à partir, approximativement, de 1975) où « l’on peut trouver […] une indifférenciation entre langage de la narration […] et langage des dialogues ». Dans une perspective diachronique, peut-on dégager des tendances pour ces phraséologismes de l’oral représenté ? Par exemple, en faveur d’un réalisme accru ? Certains types de variation (par exemple, diaphasique) prennent-ils le pas sur d’autres (par exemple, diastratique) ?
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