Vers de nouvelles alliances : luttes écologiques et projets de territoire dans les ruralités contemporaines
27-29 avr. 2026
La Maison du Kleebach, 5 route du Kleebach, 68140 Munster - France - La Maison du Kleebach 5 route du Kleebach 68140 Munster - France (France)
Le 1er mars 2025, un jugement du tribunal administratif de Toulouse provoque l'arrêt immédiat d'un chantier autoroutier controversé, en mettant en avant le déséquilibre entre les bénéfices escomptés de la nouvelle infrastructure et son coût environnemental. Ce jour-là, ce jugement vient confirmer la légitimité d'une mobilisation qui a pris des formes diverses, allant du recours juridique aux occupations en passant par des manifestations festives ou la diffusion de contre-projets. Cette lutte contre l'autoroute A69 entre Castres et Toulouse, illustre ce que de nombreuses autres mobilisations dénoncent depuis plusieurs décennies : la poursuite, voire l'accélération d'un modèle de développement rendant, à moyen terme, la Terre inhabitable pour la plus grande partie des êtres vivants et contribuant au dépassement à court terme de l'ensemble des limites permettant d'assurer la pérennité du système “Terre”. Des luttes, souvent localisées, ancrées dans des lieux habités, se positionnent face à ces crises globales et enrichissent les manières de penser l'écologie. Lorsqu'elles s'ancrent dans des territoires dits “ruraux”, ces mobilisations, qui s'inscrivent parfois dans une très longue histoire de résistances et de luttes locales, mettent particulièrement en avant les liens entre usages du sol, manières de produire, de s'alimenter, de se déplacer, d'habiter un territoire envisagé non pas comme une ressource à exploiter et à valoriser mais comme un milieu de vie. Dans leur diversité, les ruralités contemporaines, comme le dénoncent de nombreuses mobilisations écologiques et sociales en France ou à l'étranger, sont soumises à un modèle de développement et de mal-ménagement du territoire. Rarement épargnées par les effets des processus de métropolisation, le développement des ruralités contemporaines (même lorsqu'il est pensé comme durable) est généralement envisagé sous un prisme productif basé sur l'extraction et l'exploitation des ressources. Elles apparaissent ainsi comme le réceptacle d'une agro-industrie prédatrice, comme des espaces de nature marchandisés ou préservés comme lieux de loisirs ou encore comme le terrain d'atterrissage des externalités négatives des métropoles. Poursuivant des luttes plus anciennes mais largement invisibilisées, les mobilisations récentes — contre des projets de méga-bassines, de privatisation d'espaces naturels pour des complexes hôteliers, d'industries minières, d'aéroports ou de centres d'enfouissement de déchets — contestent une vision utilitariste et fonctionnaliste du territoire mis au service de l'accumulation capitaliste. A l'échelle mondiale, des approches alternatives, des plus institutionnelles comme les parcs naturels, aux plus insurrectionnelles comme les villes du mouvement des sans-terre au Brésil ou les collectivités zapatistes au Mexique, permettent d'entrevoir d'autres possibles. La contestation d'un mal-ménagement vient souvent bousculer les préoccupations et pratiques s'attachant à réfléchir à l'organisation des lieux d'habitat et au projet de territoire. En effet, ces luttes et résistances mettent en avant les contradictions d'un système socio-économique dans lequel elles sont néanmoins prises, tout comme l'ensemble des professionnel·les, contraint·es d'agir et d'exercer ici et maintenant, en composant, négociant, en refusant parfois aussi de transiger sur des convictions et principes déontologiques ou éthiques. Mais comment concevoir un espace, transformer un paysage, projeter le devenir d'un lieu, lorsque les modes d'habiter sont réinterrogés radicalement, parfois, grâce ou à travers des résistances ou des luttes associant enjeux locaux et globaux ? Quelles alliances et visions de futurs alternatifs peuvent se tisser entre des luttes et résistances écologiques, des acteurs territoriaux et des professionnel·les de l'espace/de l'aménagement ? Les prochaines rencontres du réseau scientifique et pédagogique Perspectives Rurales – qui rassemble des enseignant·es-chercheur·es issu·es d'établissements d'enseignement supérieur d'architecture, d'agronomie, de paysage, d'urbanisme en France et en Europe ainsi que la fédération des Parcs Naturels Régionaux – souhaitent interroger les manières dont les pratiques des professionnel·les de l'espace / de l'aménagement se redéfinissent à l'aune des résistances et luttes qui traversent et recomposent les ruralités contemporaines à travers les cinq axes suivants : Projeter des alternatives : projets et contre-projets. Empêcher ou faire bifurquer ? Faire malgré tout mais faire autrement ? Les pratiques, les savoirs, les méthodes de conception, d'enquête, de représentation, de formation des professionnel·les de l'espace sont mobilisés et réinterrogés dans des contextes de luttes, de mobilisations locales ou de résistance. Quels rôles jouent ou ont pu jouer par le passé ces démarches dans les mobilisations collectives ? En quoi les projets alternatifs ou contre-projets permettent-ils aussi de composer, recomposer avec les différents intérêts en conflit et de participer à la fabrication de récits collectifs ? Ou d'affirmer, voire de radicaliser des positions ? Expérimenter sur le terrain : agir, construire, transformer dans la mobilisation. La lutte comme laboratoire ? De nombreuses mobilisations s'appuient sur des formes d'occupations, plus ou moins pérennes des lieux. Quelles formes spatiales prennent ces occupations ? Comment rendent-elles visibles des revendications plus larges ? Quelles visions de futurs, alternatifs, émergent de ces occupations, suivant quelles modalités ? Comment la résistance s'inscrit-elle dans une temporalité ? Quelles pensées du projet spatial émergent ou traversent ces occupations ? Subsister en marge : manières alternatives d'habiter un lieu. Des résistances discrètes ? De nombreuses formes de résistance ne peuvent émerger et se pérenniser qu'à condition de rester marginales, sans s'attaquer frontalement aux logiques qu'elles viennent contredire. Comment ces expériences requestionnent-elles les discours écologiques dominants ? Aujourd'hui comme hier, les ruralités sont-elles plus accueillantes que les métropoles à ces alternatives ? Peuvent-elles dépasser l'aspiration d'un groupe restreint d'individus et constituer les prémisses d'un projet de territoire ? Se relier : aux lieux, aux autres dans la lutte. Quelles alliances locales et globales ? Les luttes s'appuient souvent sur la consolidation d'un collectif engagé autour de positionnements construits et négociés. Comment la mise en avant d'enjeux territoriaux et spatiaux permet-elle d'élargir les mobilisations et de fédérer des habitant·es et acteur·rices d'horizons différents ? Comment s'articulent-elles, aujourd'hui comme hier, à d'autres luttes locales ou globales (mouvements féministes, antiracistes, anticapitalistes, décoloniaux, etc.) ? Apprendre et enseigner à partir des luttes : quels transferts de savoirs et apprentissages entre sphères militantes et académiques ? Les luttes, qu'elles soient discrètes ou visibles, mobilisent et produisent des savoirs, qui sont partagés, échangés à partir des sphères militantes. Comment ces savoirs se transfèrent-ils chez les professionnel·les de l'espace ? Quelles perspectives ouvrent-elles dans l'évolution des formations ? Quelles formes de recherches engagent-elles ?
Discipline scientifique :
Lieu de la conférence